Rwanda, la fin du silence

 

 

 

 

 

A l’occasion de la sortie de son dernier livre Rwanda, la fin du silence, nous avons le plaisir de rencontrer Guillaume Ancel

Guillaume Ancel bonjour

Bonjour

Pouvez-vous vous présenter aux internautes ?

Je suis un ancien officier de la force d’action rapide. J’étais officier d’artillerie spécialisé dans le guidage des frappes aériennes. J’ai fait Saint Cyr, l’école de guerre, le collège royal de défense de Bruxelles. Puis j’ai quitté l’armée en 2005 comme lieutenant colonel avant de rejoindre le monde de l’entreprise où j’ai travaillé pour le groupe SNCF. Je travaille désormais pour un grand groupe de protection sociale.

 

Vous avez été aux premières loges du génocide des Tutsis au Rwanda en participant en tant qu’officier à l’opération Turquoise de 1994. Quelle mission vous avait été confiée ?

 

A cette époque, j’étais l’un des spécialistes du guidage des frappes aériennes. Pour que les avions de chasse puissent bombarder utilement, il faut qu’il y ait une petite équipe au sol très proche de la cible qui assure le guidage. Fin juin 1994 quand l’opération Turquoise est décidée, je suis missionné très rapidement pour rejoindre une unité de combat de la légion étrangère en tant que spécialiste d’artillerie. Mon départ se fait en quelques heures.

 

Dans quelles conditions êtes vous parti ? Vous a t-on préparé à la mission ? Vous a t-on parlé de l’objet de la mission ?

 

Cela fût très ambigu dès le départ.

 

J’ai reçu un ordre préparatoire. L’objectif était de faire, dès notre arrivé à Goma, un raid motorisé vers Kigali pour reprendre la capitale afin de remettre au pouvoir le régime vacillant.

 

Nous n’avons reçu aucun brief de contexte ! Pas plus avant la mission qu’en arrivant sur place. Sur le moment, j’attribue cette absence à la précipitation. Toutefois, j’ai compris rétrospectivement que nous n’avons pas été briefés car il aurait fallu nous mentir.

 

Dès le début de l’opération les plans ne se déroulent pas comme prévus. Vous campez plusieurs jours à l’aéroport de Goma au Zaïre. Pourquoi cette attente?

 

Cette attente était due à des problèmes logistiques.

 

Lorsque l’on a débarqué sur cette base, il n’y avait rien. Nous avons campé sur un terrain vague. Il a fallu se débrouiller avec peu.

 

Nous pensions que la rapidité et la surprise allaient être le facteur du succès de l’opération. Nous avons vite compris qu’on ne pourrait pas suivre ce plan.

 

Et est ce que vous pouvez nous décrire les conditions rudimentaires de cette attente?

 

Pendant cette attente, il y avait un sentiment de malaise.

 

En écoutant la radio française, la description qui était faite de l’opération Turquoise ne correspondait pas à la réalité du terrain. En effet, l’opération était présentée comme une opération humanitaire alors que nous sommes arrivés dans une configuration guerrière.

 

Ce n’est malheureusement pas la dernière fois que l’on donnera un habillage médiatique différent de la réalité.

 

Deux jours après notre arrivée, un officier est venu récupérer l’ordre préparatoire que nous avions reçu avant de partir. Il prend soin, avec des précautions inhabituelles, de récupérer chaque page de cet ordre comme si il devait ne jamais avoir existé.

 

L’ordre a ensuite été donné de stopper l’avancée des soldats du FPR (Front Patriotique Rwandais). Aussi le commandant d’unité nous annonce que nous devons le rejoindre dès le lendemain à l’aube en bordure de la forêt de Nyungwe afin de déclencher des frappes aériennes pour soutenir le reste de la compagnie. Comment vous vous êtes senti à la veille de la mission et qu’avez vous fait vous pour vous préparer au combat ? 

 

La tension est montée. En tant que militaire nous sommes préparés à jouer notre rôle. Pour autant, on sait que le combat va être rude. On nous a annoncé que la colonne du FPR constituait environ 1500 hommes. Nous étions 150.

 

Par ailleurs, nous ne nous étions pas entrainés avec les avions de chasse présents. Par conséquent, nous n’étions pas sûrs que nos procédures étaient valides. Aussi, je n’étais pas certain de pouvoir apporter l’aide dont les légionnaires avaient besoin pour déclencher des bombardements efficaces et stopper l’avancée du FPR.

 

Je passe l’essentiel de ma nuit à vérifier les cartes, les codes, à anticiper l’opération, déterminer les points d’entrée, les points de contact et des cibles d’infrastructure ….

 

Le lendemain, vous vous apprêtez à partir en mission. L’hélicoptère décolle et soudainement un officier au sol surgit et vous demande de stopper immédiatement la mission. Quelles sont les raisons avancées?

 

Lorsque l’on sort de l’hélicoptère nous allons de suite demander des comptes à l’officier. Ce dernier est embarrassé car il ne sait pas très bien comment justifier l’arrêt de la mission qui a commencé. Il nous dit : « nous avons trouvé un accord avec le FPR, désormais notre rôle est de protéger une zone humanitaire ».

 

Comment réagissez-vous ce changement de cap?

 

Sur le moment je ne comprends pas, mais je dois m’adapter.

 

Les légionnaires, non sans humour, me lancent « Guillaume, tu étais responsable des frappes aériennes, maintenant tu seras responsable des frappes humanitaires ».

 

Rétrospectivement, comment analysez vous ce changement de cap ?

 

Dans cette opération Turquoise, deux opérations ont été mêlées: une opération humanitaire et une opération de guerre classique de police en Françafrique.

 

Au moment de l’annulation de la mission, j’ignore quelque chose d’important qui me sera révélé 20 ans plus tard par un pilote de chasse. Ce dernier m’apprend que la procédure de l’armée de l’air exige lors du premier engagement sur un théâtre, de prévenir le PC Jupiter qui se trouve sous l’Elysée car une frappe aérienne est considérée comme un élément stratégique. Cela a été fait. Quelques minutes plus tard, l’opération sera annulée. Il est clair que l’arrêt de la mission a été décidé au plus haut niveau de l’Etat.

 

Une opération parallèle, illustre selon vous la duplicité de l’opération Turquoise ?

 

Les premières unités des forces spéciales Française qui sont allées en reconnaissance au Rwanda sont intervenues à Bisesero (région à l’Ouest du Rwanda) et ont trouvé des rescapés Tustsi alors qu’ils étaient censés trouver des espions du FPR. Les officiers voient également des miliciens et des soldats gouvernementaux chercher les rescapés.

 

L’Etat Major a donné l’ordre à cette équipe de ne pas s’occuper des rescapés car la mission était de chercher les soldats du FPR. Ainsi, l’armée Française a abandonné les rescapés Tutsi aux mains des miliciens. Il s’agit là d’une démonstration du rôle de la France dans le génocide.

 

Toutefois, certains de mes camarades désobéiront. En faisant exprès de se perdre à Bisesero, ils ont attirés les médias pour alerter l’opinion de cette situation humanitaire intolérable. Le commandement des forces spéciales a alors été dans l’obligation de porter secours aux rescapés.

 

C’est sans pour cela qu’a été confié à mon unité la mission de se battre contre le FPR, les autres étant détournées d leur mission initiale.

 

Comment a réagi l’Elysée ?

 

Quand l’Elysée a pris conscience qu’on allait déclencher des frappes aérienne contre les forces ennemis des génocidaires – ce qui nous rendait complices des génocidaires- alors que la veille nous avions donné la démonstration que nous n’étions pas venus pour s’occuper des rescapés, l’opération a été annulée.

 

L’Elysée n’a pas souhaité apparaitre aux yeux du monde comme le complice des génocidaires. Selon moi, il y a un lien fort entre le drame de Bisesero et l’annulation de cette opération de frappe contre le FPR.

 

Les forces gouvernementales (les FAR, les miliciens, les gendarmes, l’armée) racontent à qui veut l’entendre qu’ils ont massacré les Tutsi. On réalise sur le terrain que les gens que nous soutenons sont les génocidaires.

 

Ainsi vous changez de cap ?

 

On rentre dans la deuxième phase de la mission.

 

On décide de créer une « zone humanitaire sûre » mais celle-ci se révèle sûre essentiellement pour les génocidaires.

 

En créant cette zone humanitaire, nous protégeons le départ des forces gouvernementales vers le Zaïre, car si elles avaient eu le FPR contre elles, elles n’auraient pas pu repartir dans ces conditions.

 

Les forces gouvernementales Rwandaises réalisent que l’armée française n’interviendra plus en leur faveur et battent en retraite vers le Zaïre. Cela provoque un véritable exode. A cette occasion vous proposez de désarmer tout le monde y compris les forces gouvernementales (FAR). Quelles réactions cela a suscité ?

 

Ce n’est pas du tout les ordres que nous avons reçus, il n’était pas question de désarmer les forces gouvernementales. Cela posait manifestement un problème politique. Car la politique était évidemment fixée au plus haut niveau de l’Etat.

 

C’est seulement plusieurs jours après avoir discuté de ce sujet que le commandant du groupement revient avec la possibilité de désarmer sur quelques check-point. Mais cela est peu au regard du nombre d’armes que l’on voit circuler dans la zone. On sent qu’il y a une grande réticence à désarmer les unités gouvernementales alors que l’on sait que ce sont elles qui ont commis le génocide.

 

C’est extrêmement gênant, d’une main on exécute l’opération humanitaire et de l’autre on laisse partir les forces gouvernementales génocidaires. C’est d’une duplicité totale.

 

Vous souhaitez vérifier si le désarmement fonctionne. Pour ce faire, vous allez accompagner le flux de réfugiés dans la région de Cyangugu. A cette occasion, vous faites face à une agression dont vous vous sortez in extremis.

 

Il faut se représenter une foule en exode. Une foule terrifiante car inhumaine dont on n’imagine pas qu’elle puisse être dangereuse. Une bagarre éclate au milieu de la foule. Bêtement je veux intervenir. Un Homme qui a l’air fou se jette sur moi avec une machette. Je n’arrive pas à sortir mon arme qui se coince dans son étui alors que l’Homme m’arrive dessus à grande vitesse. Au moment où la machette va s’abattre sur mon crâne, j’arrive enfin à sortir l’arme. Je tiens en joue l’agresseur, l’arme pointée sur son visage, mais je ne tire pas.

 

Je garde le souvenir de ce temps très court pendant lequel je comprends que la situation m’échappe et que la vie ne tient plus qu’à un fil.

 

Vous allez être muté à l’état major du groupement Sud. Au cours de ces « missions humanitaires » vous allez vivre la guerre jusque dans ces ultimes conséquences. La violence, vous l’avez subie mais également infligée. Pouvez-vous nous raconter ?

 

C’est un épisode délicat car il est représentatif du pouvoir exorbitant dont on dispose en opération qui est celui de vie et de mort. Je suis sorti du cadre légal. Je n’avais pas ordre de le faire. Je l’ai fait de mon initiative.

 

On cherche des miliciens dans la région de Cyangugu et on finit par tomber sur un bâtiment religieux qui leur sert manifestement de cache. Une planque d’armes. Aussi, je fais venir une escorte de légionnaires pour récupérer les armes et au moment où l’on ressort de la cache, une bande de miliciens s’installe en face de nous. Ils ne nous agressent pas mais sont armés jusqu’aux dents. Ils portent des colifichets sinistres, des restes humains. Ce qui me choque, c’est qu’ils arborent le fait d’être des meurtriers.

 

Je reconnais à ce moment, sur l’un des miliciens, un gilet pare-balles aux couleurs de l’armée belge qui porte la bande patronymique d’un copain Belge avec qui je m’étais entraîné des années auparavant. Il me semble que ces hommes se vantent de leur barbarie et que je ne vais pas les laisser continuer plus longtemps. Je dis aux légionnaires qui m’escortent, « je veux récupérer ce gilet pare-balles » ce qui est un ordre implicite. C’est moi qui ai donné cet ordre.

 

Les légionnaires qui sont des soldats professionnels flegmatiques se mettent autour des miliciens et tire une seule salve. Les autres sont trop lents pour riposter même s’ils sont armés. Les légionnaires tuent les douze miliciens et me ramènent le gilet.

 

Cela m’a gêné après coup car je me suis dit que j’ai fait preuve de la même violence qu’eux. Mais je n’arrive pas à avoir de réel scrupule. Juridiquement, ce que j’ai fait est critiquable. Je ne suis pas dans le cadre des ordres d’opération reçus ni à proprement parler dans le cadre de la légitime défense. Toutefois, j’estime que c’est mon rôle d’officier d’estimer à quel moment je dois neutraliser un élément que j’estime dangereux.

 

Je n’ai aucun regret d’avoir fait tuer ces douze miliciens. Mon seul regret c’est qu’on ne l’ai pas fait systématiquement. Il s’agit du dernier génocide du 20ème siècle, le seul qu’on aurait pu empêcher. Mais au lieu de faire la guerre aux génocidaires nous sommes allés les aider. J’aurai voulu que nous fassions la guerre aux génocidaires.

 

Désarmement, protection et secours aux réfugiés, escorte d’expatriés, recherche de disparus. Pouvez-vous nous parler d’une de ces missions ?

 

Dans un contexte tel que celui d’un génocide représentant un million de morts, le fait d’avoir pu sauver quelques vies est extraordinaire et en même temps tellement limité. Avec mon équipe on a réussi à extraire environ150 rescapés.

 

Il y a des moments surprenants dans ces opérations, en situation d’hyper violence.

 

Par exemple, lorsque l’on nous a demandé d’aller porter secours à l’évêque de Cyangugu et que l’on se rend compte qu’il souhaite avant tout sauver son parc de voitures. Cela m’agace de voir un religieux qui n’est plus dans son rôle. J’ai fait balancer sa berline dans le lac sous ses yeux effarés.

 

Les légionnaires en revenant de l’opération, racontaient qu’on avait lancé le premier sous-marin de l’armée Rwandaise.

 

Les armes…

 

Le commandant adjoint du groupement me demande de faire diversion auprès des journalistes pendant « qu’un convoi d’armes part vers le zaïre ». Je suis interloqué mais je n’ai pas d’autres alternatives que d’occuper les journalistes en leur racontant des histoires sur les extractions et de regarder dans leur dos un convoi qui transporte des conteneurs maritimes.

 

Le soir même, je demande des comptes. Les commandants m’expliquent qu’un stock d’armes a été convoyé vers les camps de réfugiés où sont installés désormais les forces gouvernementales. Cela revient à transformer les camps en base militaires arrière des forces gouvernementales qui ont commis le génocide. Tout cela sous mandat humanitaire et embargo de l’ONU.

 

Le seul argument que mon commandement me donne c’est que l’on fait cela pour donner des signes de confiance à nos anciens alliés. Pour éviter qu’ils se retournent contre nous. Comme si le fait de les réarmer allait les rendre moins dangereux.

 

C’est certainement l’un des événements les plus graves de l’opération Turquoise. C’est criminel !

 

La torture

 

Ce sujet me tient à cœur car la torture est un sujet omniprésent dans tous les systèmes où la violence est acceptée.

 

Je me suis interposé à des velléités de torture. J’ai signifié que cela n’était pas acceptable et que je porterai plainte contre quiconque torturerait dès mon retour en France. Mes camarades ont été surpris car c’est un sujet tabou qu’on traite par le silence mais je crois qu’ils étaient soulagés que le sujet ne soit pas un non-dit.

 

L’officier de renseignement de l’unité m’a dit : « Je suis content que tu aies dit non car cette ligne rouge quand elle est franchie, personne ne peut en revenir ».

 

A partir du moment où on autorise la violence, il faut s’attendre au pire et il faut la contrôler de près si l’on ne veut pas de débordement. Mais faire croire aux Français qu’une opération peut être strictement humanitaire c’est leur mentir.

 

Quel est le contexte politique à cette époque ?

 

A l’époque, il y a un gouvernement de cohabitation. Le président François Mitterrand est mourant. Il est peu disponible en réalité et c’est le cabinet dirigé par Védrine qui prend la plupart des décisions tandis que de l’autre côté le gouvernement Balladur ne pense qu’aux élections avec des ministres en concurrence et Alain Juppé qui prend fait et causes pour le président Mitterrand et l’opération Turquoise.

 

Je n’imagine pas un seul de ces décideurs se dire que la France allait participer à un génocide. Pourtant, leurs décisions, de fait, nous ont mis en situation de complicité. La France a soutenu, protègé et réarmé des génocidaires.

 

Sur quels fondements les décisions politiques ont été prises ?

 

Il faudrait enfin faire sauter le couvercle de plomb coulé sur les archives de l’opération pour comprendre quelles décisions ont été prises et sur quelles bases ? Y a-t-il eu un rôle de la direction du renseignement militaire contre la DGSE ?

 

J’ai eu l’occasion de voir une note de la DGSE destinée aux gouvernants de l’époque et qui décrivait clairement « le régime Rwandais est l’organisateur des massacres, si nous ne le condamnons pas publiquement un jour nous serons accusés de complicité ». L’analyse de la DGSE est d’une clarté saisissante. Pourquoi les décideurs de l’époque ont pris une décision contraire à l’avis que leur donnait la DGSE ?

 

Des hypothèses ?

 

Il y avait des carences du pouvoir à cette époque. Cela a permis à des extrémistes de faire valoir leur point de vue dangereux.

 

Ce qui manque c’est un contrôle démocratique. Un système qui permet d’examiner ce qu’il s’est passé.

 

On s’est trompé à cette époque en se mettant à côté des génocidaires et en plus on le cache. Pendant 25 ans l’Etat français a caché volontairement aux Français ce qu’il s’est passé. Comment on explique qu’un quart de siècle après, les archives d’une opération humanitaire soient bouclées ?

 

Mon témoignage est incompatible avec l’histoire officielle d’une opération strictement humanitaire.

 

A-revers se propose d’analyser le traitement médiatique de l’information. Vous avez eu a faire à des journalistes durant l’opération et ce à plusieurs reprises. J’imagine que vous avez suivi de près à votre retour de mission les échos médiatiques ayant trait au génocide rwandais. Quel est votre regard sur le traitement médiatique de la situation au Rwanda avant, pendant et après l’intervention des forces armées françaises ?

 

C’est une question très importante car elle est au cœur du débat démocratique. Comment accepter que sur une opération de ce type la seule voie de communication soit l’armée française et le gouvernement ? Comment être juge et partie ?

 

On fait une confusion totale entre communication et information. Le gouvernement français communique et on considère que c’est cela l’information. Or ce qui c’est passé à l’époque, c’est que des grands journaux ont accepté d’être les porte-paroles de l’Elysée.

 

Pourquoi accepter le fait que dans une société démocratique comme la nôtre, les journalistes doivent être accrédités par le ministère pour avoir accès aux informations de la défense  ? C’est une plaisanterie.

 

Il est nécessaire d’avoir des journalistes indépendants et capables d’avoir une vue dissonante.

 

Comment accepter que des journalistes aient des relations si étroites avec des hommes politiques et qu’ils finissent pas se soucier d’abord de continuer à graviter dans leurs clubs.

 

Le pouvoir corrompt…

 

Je pense qu’il faut faire attention d’avoir une indépendance d’esprit. Et nous en tant que citoyens d’exiger mieux que des journalistes qui reproduisent des informations sur le net.

 

 Vous êtes un militaire insoumis. N’y a t’il pas un paradoxe ?

 

Un officier doit avoir la capacité de dire non. Un officier est le dernier rempart dans l’armée qui a la capacité de dire oui ou non. A partir du moment où il dit oui, il doit assumer totalement l’ordre qu’il va donner à ses hommes car les sous-officiers sont des techniciens. Le niveau de décision appartient aux officiers.

 

En France, nous avons cette culture du silence. Au sein de l’armée on ne m’a jamais demandé de me taire. Par contre, j’avais l’interdiction formelle d’exporter le sujet et d’écrire. Mais quand je suis arrivé dans le civil, j’ai eu beaucoup de mal à me faire entendre sur le Rwanda.

 

Peut-on monter dans la hiérarchie militaire quand on dit non ?

 

J’ai senti de la bienveillance des militaires sur le fait que j’exprime mon point de vue. Par contre une grande défiance de l’institution militaire sur le fait que je pouvais avoir une voix dissonante par rapport à celle de l’organisation. C’est un problème politique. En France le pouvoir politique impose une culture du silence à l’armée française. Ce n’est pas le cas dans l’armée Britannique. Mais il n’y a pas de statut de carrière dans l’armée Britannique.

 

En France, il n’y a que cinq livres de militaires sur le Rwanda. Tout est fait pour que les militaires ne prennent pas la parole. Qu’ils ne dévoilent pas un secret opérationnel c’est une chose, qu’ils ne racontent pas la réalité de ce qui s’est passé en opération est dommageable pour la démocratie même.

 

Quelles sont les conséquences de votre témoignage ?

 

J’ai commencé à témoigner sur le sujet en 2014. On m’avait enjoint de ne pas témoigner pour ne pas troubler la vision qu’avaient les français sur le rôle de leur pays dans ce drame. Je me suis empressé de le faire. J’ai témoigné plus d’une centaine de fois dans les médias. J’ai été menacé physiquement. J’ai compris qu’en m’effaçant, on effacerait mon témoignage.

 

J’ai donc décidé en 2016 de publier mon témoignage par écrit, pour qu’il ne puisse plus être effacé et pour que le silence ne devienne pas amnésie.

 

Merci Guillaume Ancel pour ce témoignage courageux qui je l’espère permettra d’éclairer un maximum de monde sur le rôle de la France au Rwanda lors du génocide des Tutsis.

 

 

 

 

 

Author: André Y.

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